Introduction
Quand un proche devient inapte, la gestion de ses finances devient une responsabilité concrète et lourde. Que vous soyez mandataire, tuteur ou simplement un proche qui essaie d'aider, ce guide vous explique les règles à suivre, les gestes à poser et les pièges à éviter.
Qui peut gérer les biens d'un aîné inapte?
- Mandat de protection homologué
Personne autorisée : Le mandataire désigné
Pouvoirs : Selon ce que prévoit le mandat - Tutelle ouverte
Personne autorisée : Le tuteur nommé par le tribunal
Pouvoirs : Selon le jugement du tribunal - Procuration existante (rédigée quand apte)
Personne autorisée : Le mandataire de la procuration
Pouvoirs : Limités aux termes de la procuration - Aucun document en place
Personne autorisée : Personne n'est autorisée légalement
Pouvoirs : Gestion d'affaires (mesures conservatoires seulement)
Important : Sans mandat homologué, tutelle ou procuration valide, personne — pas même le conjoint ou les enfants — n'a automatiquement le droit de gérer les biens d'un aîné inapte.
Les premières étapes après l'homologation ou l'ouverture de tutelle
1. Dresser l'inventaire des biens
C'est votre première obligation. Faites la liste complète de :
Actifs :
- Comptes bancaires (chèques, épargne, placements)
- REER, FERR, CELI
- Propriétés immobilières
- Véhicules
- Objets de valeur (bijoux, œuvres d'art, collections)
- Polices d'assurance vie
- Créances (argent dû par d'autres personnes)
Passifs :
- Hypothèque
- Marges de crédit et cartes de crédit
- Prêts personnels
- Factures impayées
- Obligations contractuelles (bail, abonnements)
2. Informer les institutions financières
Présentez-vous à chaque institution avec :
- Le jugement d'homologation ou le jugement de tutelle
- Votre pièce d'identité
- L'acte de mandat ou le jugement nommant le tuteur
Chaque banque a ses propres procédures — certaines exigeront de remplir des formulaires supplémentaires.
3. Centraliser la gestion
Dans la mesure du possible :
- Regroupez les comptes pour faciliter le suivi
- Mettez en place des paiements préautorisés pour les dépenses récurrentes
- Ouvrez un compte de gestion distinct pour les opérations liées au patrimoine de votre proche
Règles de gestion : ce que vous pouvez et ne pouvez pas faire
Administration simple (pouvoirs de base)
Le mandataire ou tuteur avec des pouvoirs d'administration simple peut :
Permis :
- Payer les factures courantes
- Encaisser les revenus (pensions, placements)
- Faire les achats nécessaires (nourriture, vêtements, médicaments)
- Effectuer des réparations d'entretien
- Renouveler les assurances
- Gérer les placements existants de façon prudente
Interdit sans autorisation :
- Vendre un immeuble
- Contracter un emprunt important
- Faire des placements risqués
- Donner ou prêter les biens du proche
- Modifier le testament de la personne (impossible)
- Mélanger vos biens avec ceux du proche
Pleine administration (pouvoirs étendus)
Si le mandat ou le jugement accorde la pleine administration, le mandataire ou tuteur peut aussi :
- Vendre des biens meubles et immeubles
- Faire des placements
- Contracter des emprunts
- Toutefois, certaines décisions importantes nécessitent l'autorisation du conseil de tutelle ou du tribunal
Gérer les dépenses courantes
Dépenses prioritaires
1. Logement : loyer, hypothèque, taxes municipales, assurance habitation
2. Soins de santé : médicaments, soins dentaires, équipements médicaux
3. Alimentation : nourriture, repas préparés si nécessaire
4. Services essentiels : électricité, chauffage, téléphone
5. Contribution à l'hébergement : si votre proche est en CHSLD, RI ou RPA
Principes à respecter
- Chaque dépense doit être dans l'intérêt de la personne protégée
- Maintenez le niveau de vie habituel de votre proche (dans la mesure de ses moyens)
- Conservez tous les reçus et factures — vous devrez rendre des comptes
- En cas de doute sur une dépense, consultez le conseil de tutelle ou le Curateur public
La contribution à l'hébergement
Si votre proche est hébergé dans le réseau public (CHSLD, RI, RTF), une contribution financière est exigée :
- Calcul : Basé sur le revenu de la personne hébergée
- Maximum : Environ 2 000 $ par mois (révisé annuellement)
- Allocation personnelle : La personne conserve un minimum pour ses dépenses personnelles (~250 $/mois)
- Contestation : Possible si vous croyez que le montant est erroné
Rendre des comptes : vos obligations
Rapport annuel de gestion
Vous devez produire un rapport annuel détaillant :
- Les revenus perçus au nom de votre proche
- Les dépenses effectuées
- L'état des actifs et des dettes
- Les transactions importantes
Ce rapport est remis au conseil de tutelle (si applicable) et au Curateur public.
Conservation des preuves
Gardez tout :
- Relevés bancaires
- Factures et reçus
- Contrats signés
- Correspondance avec les institutions
- Notes sur les décisions prises et leurs raisons
Conseil : Utilisez un classeur ou un système numérique dédié à la gestion des affaires de votre proche.
Pièges et erreurs courantes
1. Mélanger les patrimoines
Ne jamais déposer l'argent de votre proche dans votre compte personnel, même temporairement. Gardez les patrimoines séparés.
2. Faire des cadeaux avec les biens du proche
Même avec de bonnes intentions, faire des dons ou des cadeaux avec l'argent de la personne protégée peut être considéré comme un abus.
3. Négliger la déclaration de revenus
Vous devez produire la déclaration de revenus de votre proche chaque année, incluant toutes les sources de revenus et les crédits auxquels il a droit.
4. Oublier les aides financières
Votre proche a peut-être droit à des aides non réclamées :
- Supplément de revenu garanti (SRG)
- Allocation pour le logement
- Crédit pour la TPS/TVH
- Programme d'exonération financière (PEFSAD)
FAQ
Mon parent est en CHSLD. Dois-je quand même gérer ses finances?
Oui. Le CHSLD assure les soins et l'hébergement, mais la gestion des biens, des comptes bancaires, des impôts et des dépenses personnelles reste la responsabilité du mandataire ou du tuteur.
Puis-je utiliser l'argent de mon parent pour payer des services privés complémentaires?
Oui, si ces services sont dans l'intérêt de votre proche et que ses moyens financiers le permettent. Documentez la décision et conservez les factures.
Que faire si un autre membre de la famille conteste ma gestion?
Proposez une rencontre familiale avec transparence sur la gestion. Si le conflit persiste, le conseil de tutelle ou le Curateur public peut intervenir. En dernier recours, le tribunal peut trancher.
Mon parent a une dette importante. Suis-je personnellement responsable?
Non. En tant que mandataire ou tuteur, vous gérez les biens de votre proche mais vous n'êtes pas personnellement responsable de ses dettes. Les dettes sont payées à même son patrimoine.
Lectures recommandées sur Ainee-360
- Mandat de protection : homologation et obligations
- Procuration au Québec : mode d'emploi
- Mesure d'assistance et tutelle au Québec
- Aides financières liées au milieu de vie
Sources
- JuridiQC — Biens et finances
- JuridiQC — Les obligations du mandataire
- Curateur public du Québec — Administration des biens
- Code civil du Québec — De l'administration du bien d'autrui
Avertissement
L'information contenue dans cet article ne constitue pas un avis juridique ou financier. Consultez un notaire, un avocat ou un comptable pour des conseils adaptés à votre situation.